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De Plougasnou à Saint-Jean du Doigt : le chemin des oratoires

le 13.10.2017

En haut de la colline, Plougasnou et l’église St-Pierre. En bas de la colline, St-Jean du Doigt et son enclos paroissial. Entre les deux, trois oratoires jalonnent l’ancienne route entre les deux églises de la baie de Morlaix, proposant une balade sur les traces du patrimoine religieux de cette ancienne grande paroisse du Nord de la Bretagne.

Sur le chemin entre deux églises...

Si aujourd’hui Plougasnou et Saint-Jean du Doigt forment deux communes distinctes du Trégor Finistérien, jusqu’à la Révolution Française, l’ensemble ne formait qu’une seule et même paroisse. À l’origine, Traon Meriadec n’était en effet qu’un petit hameau, qui, avec l’arrivée de la relique de St-Jean Baptiste au début du XVeme siècle, s’est développé et enrichi pour devenir la trêve (subdivision administrative de la paroisse) de Saint-Jean du Doigt, et a édifié une superbe église gothique. Ainsi, à Plougasnou, l’église St-Pierre, à la suite de la construction de l’église Saint-Jean Baptiste au siècle précédent, a connu à son tour d’importants travaux pour la mettre au goût du jour, le style Renaissance, aux XVIeme et XVIIeme siècle. Le lien entre ces deux édifices s’est alors matérialisé dans la pierre à travers la construction de trois petits bâtiments, les oratoires du Sacre de Plougasnou et de St-Jean, et l’oratoire de Notre Dame de Lorette, situé entre les deux.

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Oratoire Notre Dame de Lorette Plougasnou

Oratoire ? Chapelle ? Église ?

Trois oratoires donc, entre deux églises. Mais que sont ces fameux oratoires que l’on peut découvrir au détour d’un chemin dans les campagnes, ou intégrés à l’ensemble d’un enclos paroissial comme à St-Jean du Doigt ? Cathédrales, églises, chapelles et oratoires sont tous des édifices religieux, mais dont la fonction diffère.
La cathédrale est le siège de l’évêché, là où l’église est celui de la paroisse. Les chapelles, elles, sont des édifices annexes à l’église principale. Elles peuvent avoir été édifiées pour plusieurs raisons : pour proposer un lieu de culte dans un hameau à l’écart du village, ou à proximité d’un léproserie, ou bien elles peuvent être les chapelles privées d’un seigneur, attenantes donc à un château, ou encore marquer un site spécifique, un lieu de pèlerinage lié à une légende ou un événement marquant... Les oratoires eux-aussi sont des édifices annexes, un peu comme les chapelles (les deux noms se confondent parfois).
La différence majeure entre les deux, c’est que les chapelles sont généralement des édifices fermés, là où les oratoires sont ouverts. Les oratoires vont être l’occasion d’un arrêt et d’une prière lors des processions qui se font lors des pardons, et certains d’entre eux sont associés à la présence de confréries dans les paroisses, tout comme certaines chapelles. Ce sont donc les endroits privilégiés où ces confréries vont donner leurs cérémonies religieuses.

L’implantation de la confrérie du saint-Sacrement

C’est typiquement le cas des deux oratoires du Sacre que l’on trouve à Plougasnou et Saint-Jean du Doigt. À l’origine, tous les deux étaient intégrés aux enclos des églises paroissiales, à proximité immédiate donc de l’église. Le nom « de Sacre » fait référence à la confrérie du Saint-Sacrement, bien implantée dans la région. En effet les confréries sont des groupes socio-religieux, de personnes d’un même corps de métier ou d’une même catégorie sociale, qui se retrouvent autour de la pratique religieuse et d’une entraide. Ces « associations » à l’origine religieuses deviennent souvent des organismes avec une influence parfois très importante dans la vie quotidienne et qui va bien au-delà de la vie religieuse de ses membres.
La confrérie du Saint-Sacrement est particulièrement bien représentée dans le Trégor, où elle est implantée dans 68% des paroisses au XVIIeme siècle. C’est pourquoi on la retrouve avec une présence très marquée à travers ces deux oratoires édifiés au XVIeme siècle sur Plougasnou et Saint-Jean du Doigt.

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Oratoire du Sacre Plougasnou

Entre Gothique et Renaissance

L’oratoire de Plougasnou fut érigé entre 1550 et 1570 à côté de l’église (déménagé avec le cimetière à la fin du XIXeme siècle, visible aujourd’hui route de la plage). Son style, entre Gothique et Renaissance, témoigne de la période charnière où il a été construit. Ainsi, si sa superbe charpente en bois est très nettement Gothique, l’extérieur est plus nuancé, et tend plus vers l’architecture Renaissance. Aucun nom ne nous a été laissé à qui attribuer la paternité de cet édifice. Cependant, certains éléments évoquent une certaine proximité avec le style de l’atelier Beaumanoir, fameux dans la construction religieuse du Trégor et du pays de Morlaix.
En parallèle, dans l’enclos paroissial attenant à l’église de Saint-Jean du Doigt, l’oratoire de 1577 réalisé par un architecte renommé à l’époque, Michel Le Borgne, arbore un style qui s’affirme clairement de la Renaissance, avec un beau clocheton ajouré. Là encore on peut admirer une superbe charpente en bois, en forme de coque de bateau inversé, avec de belles sablières sculptées.

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Oratoire de St-Jean du Doigt
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Oratoire de St-Jean du Doigt intérieur

Un mari dans l’année !

Le troisième oratoire, dédié à Notre-Dame de Lorette, et édifié au XVIIeme siècle se situe géographiquement entre les deux autres, sur le chemin de campagne qui relie les deux églises. Souvent signalé dans les guides, il a pour caractéristique de posséder une voûte en pierre, contrairement aux deux autres. En effet, dans une contrée qui utilise à plein les compétences des charpentiers de marine pour le travail du bois et l’élaboration des charpentes des églises, les voûtes sont généralement en bois, peintes, souvent ornées d’une belle voûte étoilée. Les voûtes en pierre sont donc beaucoup moins fréquentes. Ce petit édifice Renaissance a aussi pour particularité, sur sa façade Ouest, d’être orné de belles caryatides, des colonnes en forme de statues de femmes.

Cet oratoire est aussi connu à Plougasnou pour sa légende. En effet, il a été commandité en 1611 par une aristocrate de la paroisse, Jeanne de Kerastan, veuve de Guyomarc’h Boëtet sieur de Kerastan . Si Notre-Dame de Lorette est généralement invoquée contre la peste, au XIXeme siècle, l’oratoire prend une toute autre fonction, puisque les jeunes femmes de Plougasnou avaient pris l’habitude de venir y déposer une mèche de cheveux pour trouver un mari dans l’année.

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Carte postale ancienne oratoire ND de Lorette, Plougasnou

Retrouvez sur la carte ci-dessous la localisation de ces différents édifices pour les découvrir par vous-même et marcher sur les traces des anciens plouganistes qui empruntaient cet itinéraire entre les deux églises de leur paroisse...