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Découvrez le trésor de Saint-Jean du Doigt

le 14.01.2016

L’un des plus beaux trésors d’orfèvrerie de Bretagne est en Baie de Morlaix. Il se trouve dans l’église de l’enclos paroissial de Saint-Jean du Doigt, et s’il est connu et reconnu depuis bien longtemps, ce n’est que depuis peu que les visiteurs ont la chance de pouvoir l’admirer librement.

En effet, cette collection d’une grande valeur était conservée bien à l’abri. À l’occasion des processions du Pardon de Saint-Jean, on pouvait admirer les reliquaires ou la croix de procession, mais les précieuses pièces retournaient bien vite en lieu sûr, dans leur coffre-fort.

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Croix de procession, trésor de St-Jean du Doigt

Pourtant, ce trésor fut autrefois le tout premier à être exposé, et protégé, en vitrine, après la Première Guerre Mondiale, reconnaissance précoce de son exceptionnelle richesse (tant par la qualité que par la quantité de ses éléments). C’est pourquoi un nouveau projet d’exposition a vu le jour, et depuis décembre 2015, une pièce dédiée accueille une vitrine sécurisée et dévoile enfin au public ces célèbres pièces d’orfèvrerie.

Le trésor d’une église ? Qu’est-ce que c’est ?

Mais au fait, qu’appelle-t-on le trésor d’une église ? Ici, il n’est pas question du tas de richesses entassé par les pirates des films. Bien que les trésors des églises soient aussi d’une très grande valeur, il s’agit avant tout de trésors liturgiques ; c’est-à-dire de pièces d’orfèvrerie qui ont en premier lieu une fonction spécifique dans les cérémonies religieuses. Les croix de processions sont utilisées lors des pardons, les calices recueillent le vin de messe, les patènes et les ostensoirs servent pour les hosties lors de l’eucharistie…

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Patène Guillaume Floch, trésor de St-Jean du Doigt

Ces pièces d’orfèvrerie peuvent être offertes à la paroisse, ou être commandées à des ateliers par les fabriques (organismes chargés de gérer les biens des églises), à partir de l’argent provenant des dons. Parfois, elles n’appartiennent pas directement à la paroisse, mais à des confréries.
Et comme rien n’est assez beau pour célébrer Dieu, on se tourne vers les plus grands artistes pour réaliser ces objets précieux. Et l’orfèvrerie étant, depuis le Moyen-Age, un art des plus prestigieux, quoi de plus adapté pour cette mission ?

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Grand calice, détail, trésor de St-Jean du Doigt

Une histoire des plus agitée

La croyance populaire attribue généralement ce riche trésor aux largesses d’Anne de Bretagne, suite au pèlerinage de la reine à Saint-Jean du Doigt en 1505. Cette jolie histoire doit cependant être mise de côté, l’étude des pièces ayant montré que la grande majorité du trésor actuel lui est postérieur, en particulier le grand calice qui lui a souvent été attribué. Seuls les deux reliquaires de Saint-Mériadec et de Saint-Maudez, qui n’ont donc rien à voir avec l’histoire d’Anne de Bretagne, lui sont contemporains (fin XVeme, début XVIeme).

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Reliquaire bras de St-Maudez, trésor de St-Jean du Doigt

Mais alors, d’où proviennent les 17 pièces du trésor de Saint-Jean ? Si certains inventaires au fil des siècles nous renseignent sur son état à certains instants « T » de l’histoire, ils ne nous aident pas toujours à connaitre de façon précise les péripéties de l’existence de chaque objet. En effet, en des temps troublés comme la Guerre de la Ligue, le trésor a pu être mis en partie à l’abri au Château du Taureau. Tous ces éléments ne semblent pas être revenus en même temps, et certains calices ont été mis en gage pour renflouer les caisses de la paroisse. Certaines pièces ont de toute évidence disparues. Furent-elles vendues, volées, perdues ? Il est parfois difficile de le savoir, comme il est également difficile d’être certain que certaines pièces décrites dans les inventaires sont bien celles que nous avons aujourd’hui sous les yeux.

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Ostensoir, trésor de St-Jean du Doigt

Toujours est-il que dès le XIXeme siècle, la qualité de ce Trésor a attiré l’attention de Prosper de Mérimé lui-même, et les pièces de Saint-Jean firent partie des premières à être classées aux Monuments Historiques dès 1893. C’est pourquoi elles furent très tôt exposées en vitrine, ce qui les préserva d’une tentative de vol en 1949, mais aussi de l’incendie qui ravagea l’église en 1955 ; la vitrine fut détruite, mais le trésor sauvé, à l’exception notable toutefois d’un célèbre ciboire en argent, classé lui-aussi, et détruit par les flammes.

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Grand calice de Guillaume Floch, trésor de St-Jean du Doigt

La provenance de ces œuvres d’orfèvrerie nous ne nous est pas seulement connue de par les textes ; les poinçons des ateliers d’orfèvres restent les meilleurs sources d’authentification des pièces. Certains de ces artistes sont connus (François Lapous, Thomas Maillard...), et le style même de l’objet permet également de faire des rapprochements et de dater la pièce, lorsque l’artiste qui l’a produite n’est pas identifié. A la fin de l’Ancien Régime, Morlaix était l’un des plus grands centre de production d’orfèvrerie de Bretagne, et c’est sans surprise que l’on constate que la majorité des éléments du trésor de Saint-Jean du Doigt en provient. Cette production témoigne de l’ouverture de la Bretagne aux évolutions artistiques de l’époque. Loin d’être une région enclavée et refermée sur elle-même, la Bretagne de l’époque Moderne (XVIeme - XVIIIeme siècle) était une terre de marins et de commerçants, tournés vers l’échange et la nouveauté. C’est sur ce terreau fertile que s’est développée sa grande richesse artistique, dont les Enclos Paroissiaux ou le trésor d’orfèvrerie de St-Jean du Doigt sont de remarquables témoins.

Pour aller plus loin

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Vitrine, trésor de St-Jean du Doigt

Détail de toutes les pièces du trésor d’orfèvrerie exposées dans la vitrine de l’église de Saint-Jean du Doigt :

Navette à encens

Pour en savoir plus :
Jean-François Joly, Le trésor d’orfèvrerie de Saint-Jean du Doigt, Morlaix, décembre 2015.

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Le trésor d’orfèvrerie de Saint-Jean du Doigt, Jean-François Joly