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Bienvenue à Carantec

Pleins Phares en Baie de Morlaix !

le 15.11.2017

Celui qui a la tête dans les embruns à chaque tempête et qui illumine de son pinceau de lumière les côtes de Bretagne et d’ailleurs… c’est bien sûr le PHARE ! En Baie de Morlaix, ils sont quatre à tenir tête aux vents et aux marées. De leurs lueurs qui se répandent et se répondent chaque nuit, ils guident les marins dans le dédale d’îles et d’îlots jusqu’à la rivière de Morlaix et son fameux port.

Deux solutions pour rejoindre la Cité du Viaduc par la mer : le Grand Chenal côté Léon en faisant route sur l’alignement du phare de l’île Louët et du phare de la Lande. Ce dernier assure également un second alignement : celui du Chenal de Tréguier avec le phare de l’île Noire, pour les embarcations arrivant côté Trégor. Enfin, le phare de l’île de Batz balise de ses 43 mètres de haut la route menant au port de Roscoff.

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carte marine Baie de Morlaix, Bretagne

©arjentilez.org

Mais pourquoi tant de phares pour une unique baie ?

Suite au recensement de 25 naufrages en baie de Morlaix de 1744 à 1775, le corsaire morlaisien Charles Cornic du Chesne adresse un mémoire détaillé au ministre de la Marine. Il établit ainsi, en puisant également dans ses fonds personnels, trois amers en maçonnerie sur l’île Louët, l’île Noire et au lieu-dit La Lande, sur les hauteurs du fond de la rade de Morlaix. En 1825, la commission des phares, dans son rapport de présentation du système général de l’éclairage des côtes de France propose également d’allumer un feu de port à Morlaix. Aucun chantier n’est pourtant entrepris, et ce malgré la dangerosité des passes longues et tortueuses qui conduisent au mouillage de la rivière de Morlaix. Les marins doivent alors se contenter de nuit des feux de Batz et des Heaux-de-Bréat, allumés respectivement en 1836 et 1840. En 1841, une pétition, appuyée par l’armateur Corbière qui établit cette année-là une ligne commerciale régulière entre Morlaix et Le Havre, réclame l’établissement de trois feux pour éclairer les passes d’accès au port de commerce le plus vivant de toute la Bretagne Nord ! Un premier phare est ainsi construit à La Lande et un second sur l’île Noire, tous deux mis en service en 1845 pour sécuriser le Chenal de Tréguier. Le phare de l’île Louët suivit en 1860 afin d’éclairer le passage ouest par le Grand Chenal.

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Carte marine ancienne, Baie de Morlaix, Bretagne

Le Phare de la Lande

Mise en service  : 1845
Hauteur  : 20,35 mètres
Feu : blanc à éclats réguliers tournants en cinq secondes
Portée  : 23 milles, soit environ 42.5 km

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Phare de la Lande, Carantec, Baie de Morlaix, Bretagne

Il s’agit de l’unique phare de la baie de Morlaix ayant le pied bien à terre. Erigé sur les hauteurs de la rade, entre Carantec et Taulé, il surplombe le niveau de la mer de 87 mètres.
Automatisé en 1993, il est télécontrôlé depuis la station de contrôle du phare de Créac’h à Ouessant. Son puissant faisceau lumineux surprend l’automobiliste qui relie Morlaix à Roscoff à la tombée de la nuit. Il n’est plus gardienné et ne se visite pas mais une jolie balade à partir du Frout à Carantec permet néanmoins de l’approcher… beaux panoramas sur la baie assurés !

Le phare de l’île Louët

Mise en service : 1860
Hauteur  : 12 mètres
Feu : trois occultations en douze secondes, secteur coloré vert
Portée : 15 milles, soit environ 24 km (secteur blanc)

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Le phare de l’île Louët, Carantec, Baie de Morlaix, Bretagne

©H. Moal

Dressée face à la pointe de Pen al Lann (Carantec), la fine silhouette blanche du phare de l’île Louët fait partie des images classiques des côtes bretonnes, vues maintes fois en cartes postales ou sur les affiches et magazines dédiés à la Bretagne.
C’est le tout jeune et brillant ingénieur Fenoux, quelques années avant d’attacher son nom au grand viaduc de Morlaix, qui eut en charge le projet de construction du phare en 1857. La tour à section carrée en granit blanc de l’île Grande est alors érigée à l’extrémité d’un îlot rocheux escarpé, n’excédant pas les 80 mètres de long dans ses plus grandes dimensions, et anciennement appelé « l’îlot du jardin ». Un vocable presque paradisiaque qui est sans doute lié à son lambeau de terre cultivable.

Un îlot plein de vie !
L’île Louët fait exception lorsque l’on évoque la vie solitaire des gardiens de phare. Plusieurs familles de gardiens s’y sont en effet succédées jusqu’en 1965, date de l’automatisation du phare, et ont vécu à l’étroit mais heureuses sur ce bout de rocher. Le rez-de-chaussée de la petite maison accolée au phare était ainsi occupé par la famille, tandis que les deux chambres mansardées de l’étage étaient réservées à l’ingénieur des Ponts et Chaussée lors de ses visites d’inspection, et au conducteur de travaux quand des chantiers s’ouvraient dans la baie. Imagine-t-on aujourd’hui les enfants embarquer chaque matin sur un canot mené à l’aviron pour se rendre à l’école ? L’été, les rochers de l’île servaient de plongeoir et la baie de terrain de jeu pour découvrir les joies de la navigation. De beaux souvenirs d’enfance à découvrir dans l’ouvrage Au pied du Phare de Marie Réguer qui raconte l’histoire du gardien de l’île Louët Louis Réguer et de sa famille de 1889 à 1939.

Le mystère de la croix
Dressée à l’extrémité ouest de l’île, une croix de fer forgée portant une date, 1841, et un monogramme : F. Pour certains, elle rappelle l’accident survenu à un marin foudroyé alors qu’il avait cherché refuge sur l’île lors d’un orage. D’autres, plus romanesques, expliquent que la croix serait le souvenir du duel à mort qui opposa deux habitants de Ploujean pour les yeux d’une belle…

« Ce moment magique, au sommet du rocher, lorsque la lanterne s’allume pendant que le soleil se couche derrière l’île Callot… » *
Cet instant précieux est désormais à la portée de tous ! La maison du gardien est, à l’initiative de la municipalité de Carantec, transformée en gîte insolite depuis 2008. Amateurs de calme et de nature, voici le lieu idéal pour se ressourcer et apprécier des repas estivaux en terrasse au cœur de la baie de Morlaix… Réserver votre séjour !

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L’île Louët, phare et gîte insolite, Carantec, Baie de Morlaix, Bretagne

©H. Moal

Le phare de l’île Noire

Mise en service : 1845
Hauteur : 13 mètres
Feu  : un long feu fixe toutes les deux minutes

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Phare de l’île Noire, Baie de Morlaix, Bretagne

©H. Moal

L’île Noire, un rocher dénudé, presqu’entièrement submergé aux pleines mers de vives eaux, est située entre le Cairn de Barnenez et le Château du Taureau. Avec ses allures de forteresse, ce phare bien connu des tintinophiles pour avoir parait-il inspiré Hergé lors de la création de l’album éponyme, est accessible à pied aux grandes marées à partir de la pointe de Barnenez, en longeant les parcs à huîtres.

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Album Tintin et l’île noire, Baie de Morlaix, Bretagne

C’est en 1844 que débute sa construction par l’entrepreneur morlaisien Louis Guillotou de Kerever : une tour carrée constituée de pierres de taille de l’île Grande et de moëllons de l’île Stérec toute proche. Le phare est constitué de trois pièces superposées de 12m² chacune, avec la chambre des gardiens au premier étage, puis la chambre de veille surmontée de la lanterne installée sur une plateforme.

Gardien de phare, un dur labeur

La vie est difficile dans cette tour humide et trapue. Les deux premiers gardiens des lieux, contraints par le règlement à passer toutes les nuits sur place, n’ont la permission de regagner la terre ferme pour rejoindre la maison familiale que lorsque le service du matin s’achève, avec l’obligation d’être de retour avant la tombée de la nuit. La difficulté du passage, surtout le soir et suivant la marée, rend l’application d’un pareil règlement impossible. Pour tenter d’améliorer cette situation, il est décidé en 1879 d’y installer qu’un seul gardien, Jean Gourvil et son épouse, nommée gardienne auxiliaire. Le phare est dès lors entouré de logements exigus au ras de l’eau. Mais en 1892, tandis que la famille s’agrandit avec trois enfants en bas âge, l’ingénieur de Morlaix s’inquiète des conditions de vie in situ : « à partir de la mi-marée, l’îlot sur lequel est construit le fanal ne présente plus qu’une surface hérissée de roches irrégulières et fendillées à l’excès. Toute promenade sur ce sol bosselé est impossible pour les enfants qui sont obligés de ne pas sortir du logement qui est très exigu : dans l’intérêt de leur santé, il conviendrait qu’ils aient un bout de cours pour jouer ». Les sommes à engager pour la construction d’une plateforme étant trop élevées, rien ne fut fait, tandis que la famille compte jusqu’à sept enfants. Après le départ en retraite du couple Gourvil, plusieurs couples se succèdent jusqu’en 1938, époque à partir de laquelle le phare est automatisé.

Futur spot insolite ?
L’île Noire, à l’instar de sa voisine Louët, pourrait bientôt accueillir de nouveaux locataires ! Le projet piloté par Morlaix Communauté devrait voir le jour à l’été 2019… une expérience à tenter au moins une fois dans sa vie !

Le phare de l’île de Batz

Mise en service : 1836
Hauteur : 43 mètres
Feu : quatre éclats blancs, 25 secondes
Portée : 23 milles, soit environ 42.5 km

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Phare de l’île de Batz, Baie de Morlaix, Bretagne

Frère jumeau du Phare de Penmarc’h sur la côte sud du Finistère, le phare de l’île de Batz est construit sur le point culminant de la partie ouest de l’île, et surplombe la mer de 71 mètres.
Il se visite et un magnifique panorama récompense les visiteurs qui montent les 198 marches : l’île et le chenal, les Sept-îles à l’est, l’île Vierge à l’ouest, en passant par l’entrée de la Baie de Morlaix et la silhouette des Monts d’Arrée qui se dessine à l’horizon sud.

Sources :
* Phares et Balises, Gardiens de l’océan par Dominique Le brun et Richard Nourry.
Les Phares de la Baie de Morlaix par Louis Chauris
phares-de-France.fr
www.dirm.gouv.fr