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Plougasnou et la noblesse, la paroisse aux cents manoirs

le 20.12.2017

Se promener dans la campagne de Plougasnou sans tomber nez à nez avec un manoir au détour d’une petite route relève du défi. Et pour cause ! Surnommée « Paroisse au cent manoirs », Plougasnou offre une densité peu commune de ces édifices. Leur origine est liée à celle de la noblesse locale, qui a laissé ce témoignage de leur histoire dans la vieille pierre de la Baie de Morlaix.

Manoir, vous avez dit manoir ?

Le manoir désigne un habitat noble de la campagne, dont la vocation est en partie agricole, un peu comme les villae gallo-romaines. En effet les familles nobles issues du Moyen-âge gardent une assise terrienne, ces fameux fiefs qu’ils exploitent, ou font exploiter pour leur compte. A l’origine, ce sont de ces terres que les nobles tirent leurs revenus, dans l’organisation du système féodal mis en place au milieu du Moyen-âge. En tant que noble, ces familles se font donc édifier sur leurs terres des demeures cossues et confortables, qui arborent leur statut, de par un aspect militaire symbolisé par la tour. Mais ce logis seigneurial est également entouré des bâtiments de ferme de l’exploitation agricole. Le plan typique d’un manoir des XVeme et XVIeme siècles est articulé autour de la tour, où se trouve un escalier, à vis, qui dessert une grande salle seigneuriale (voir une seconde à l’étage, au-dessus de la première), une cuisine généralement attenante, et les chambres des maîtres de la maison. Cet ensemble du logis donne sur une cour entourée des bâtiments agricoles, communs, écurie... dans le cas des familles les plus riches, d’autres bâtiments peuvent y être accolés, comme une chapelle privative, un pigeonnier, un moulin... Cette double fonction de demeure noble et de site agricole est la caractéristique principale des manoirs.

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Vue cavalière, manoir de Kericuff, Plougasnou

Illustration tirée de l’ouvrage « Plougasnou, son histoire, son patrimoine » de Louis Le Guennec. Ed : section patrimoine du foyer rural de Plougasnou, 1994.

Demeure noble en Bretagne et dans le Trégor

Ces édifices des XVeme, XVIeme et XVIIeme siècles sont particulièrement nombreux dans le Trégor, en raison d’une spécificité de la noblesse dans cet évêché du duché de Bretagne. En effet, alors qu’ailleurs la tradition veut que les terres reviennent entièrement à l’aîné de la famille, les familles de l’aristocratie trégoroise ont eu tendance, au Moyen-âge, à scinder diviser leurs seigneuries entre leurs enfants, pour que chacun d’entre eux ait sa propre terre. Cette habitude a eu pour conséquence un phénomène d’éclatement de la petite noblesse, et la création de nombreux petits domaines.

La paroisse aux cents manoirs

Ce phénomène a également touché Plougasnou bien sûr, ce qui explique un grand nombre de manoirs sur cette paroisse, comme dans les autres secteurs du Trégor. Mais à Plougasnou le phénomène s’est associé à une présence déjà très importante de nobles. En clair, il y a toujours eu plus de nobles ici, dès l’origine de la fondation de la paroisse dans le courant du VIeme siècle. Est-ce que le seigneur fondateur de Plougasnou a été particulièrement généreux en anoblissant nombre de ses compagnons à l’époque ? Les archives ne nous le disent pas, mais c’est une des explications possibles. Toujours est-il que les documents plus tardifs l’attestent : Plougasnou est peuplée de nombreux nobles. C’est pourquoi, sur la maîtresse vitre de l’église Saint-Pierre à Plougasnou, étaient autrefois représentés les blasons des grandes frairies de familles nobles de Plougasnou. Détruit à la révolution, ce vitrail a été remplacé en 1850, mais une description nous permet de connaître les armoiries présentées autrefois en bonne place, dans le chevet de l’église. Sous le plein d’hermine du duc de Bretagne et les armoiries des Dinan-Montafilant, suzerain de Plougasnou, les grandes familles de la paroisse sont représentées par leurs blasons.

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Vitrail, blasons, Plougasnou

Illustration tirée de l’ouvrage « Plougasnou, Mille ans d’histoire » de Joseph Floch, ed 1976.

La montre d’armes de Tréguier de 1481

L’une des archives les plus parlante à ce sujet est la montre d’arme de Tréguier de 1481. En effet, à intervalle régulier, le duc de Bretagne convoque sa noblesse par évêché pour procéder à un recensement lui permettant d’avoir une vision précise de ses effectifs militaires. Ces listes sont précieuses pour l’historien, car elles fournissent une photographie de la noblesse et son évolution. Ainsi, en 1481, les nobles présentés à Tréguier pour la paroisse de Plougasnou sont au nombre de 94, ce qui en fait le contingent le plus important de tout le Trégor. Pour comparer, à Morlaix, ils ne sont que 65.

Bien sûr, quand on a affaire à une telle densité de noblesse, on constate également un fossé important dans la hiérarchie de ces nobles. Certains d’entre eux sont de toute petite noblesse, parfois, franchement désargentée. L’un de ces personnages de 1481 comparait à la montre d’arme équipé d’un simple paletot (gilet rembourré) et d’une vouge (arme d’hast assez rudimentaire, inspirée de l’équipement agricole, ancêtre de la guisarme et de la hallebarde). Il n’a que 5 livres annuelles de rente, ce qui veut dire que certains paysans roturiers sont plus riches que lui !

La pierre pour héritage

Toutes ces familles nobles ont donc construit leurs manoirs dans la campagne de Plougasnou, et c’est ce témoignage de leur présence que nous retrouvons aujourd’hui un peu partout sur la commune. Sur les 170 maisons nobles recensées en 1543, toutes sont loin d’être toujours debout aujourd’hui, et tous ces manoirs n’ont pas été restaurés. Certains d’entre eux cependant valent le coup d’œil, et leurs propriétaires, généralement passionnés d’histoire et de patrimoine, ont à cœur de leur rendre leurs lettres de noblesse.

Le manoir de Pontplaincoat a connu une histoire riche en couleur, et ses murs ont évolué au fil des siècles. Devenu couvent, puis colonie de vacances, c’est l’un des témoins du passé de la commune, y compris ses heures les plus sombres, puisqu’il a également abrité une Kommandantur pendant la seconde guerre mondiale. Une stèle commémorative évoque la mémoire de résistants qui y ont été torturés et fusillés.
Il est aujourd’hui proposé à la location saisonnière.

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Manoir de Ponplaincoat, Plougasnou

Manoir de Pontplaincoat

Non loin du bourg, le manoir de Goasven est, depuis quelques années, en travaux. Ses propriétaires ont à cœur de lui rendre ses lettres de noblesses, et se sont lancés dans d’ambitieux travaux de restauration.

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Manoir de Goasven, Plougasnou

Manoir de Goasven

Au fond de l’anse du Diben, non loin du port, le manoir de Tromelin se voit depuis la route. Ce très bel édifice de 1530 possède de belles portes gothiques qui le rendent caractéristiques d’une Basse-Bretagne où ce style architectural a perduré au XVIeme siècle dans l’architecture civile, alors qu’il cédait le pas au style Renaissance dans l’architecture religieuse.

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Manoir de Tromelin, Plougasnou

Manoir de Tromelin

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Manoir de Tromelin, Plougasnou

Illustration tirée de l’ouvrage « Châteaux et Manoirs en baie de Morlaix », Tome II, de Daniel Appriou et Erwann Bozellec. Ed du Bois d’amour, 2016.

Dans la campagne de Plougasnou, le manoir de Kernizan a conservé sa cour pavée et son puits. Doté d’encadrements de ports typiques du XVème siècle, l’une de ses curiosités est de posséder un escalier intérieur à deux montées divergentes. L’un de ses propriétaires, Yves, seigneur de Kerbabu, fut gouverneur du château du Taureau en 1625.

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Manoir de Kernizan, Plougasnou

Manoir de Kernizan

À deux pas du bourg, proche du sentier côtier, le manoir de Ruffelic présente un très bel ensemble restauré. Sa cour complète est fermée et entourée de tout l’ensemble manorial. Les décors en façade et sur les fenêtres sont particulièrement travaillés.

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Manoir de Ruffelic, Plougasnou

Manoir de Ruffelic, vers 1990, avant restauration. Illustration tirée de l’ouvrage « Châteaux et Manoir en baie de Morlaix », tome IV, par D. Appriou et E. Bozellec.

Si Mesquéau évoque aujourd’hui le nom des étangs et du camping attenant, c’est aussi le site d’un manoir, que l’on distingue entre les trouées des arbres. Ce bel édifice du XVeme siècle, tout en longueur, possède encore une grande porte qui permettait aux voitures à cheval d’accéder à la cour, toujours bordée de ses anciens bâtiments agricoles. La façade du logis est également ornée d’une belle rosace à six lobes, qui éclairait vraisemblablement à l’origine la chapelle privée du seigneur des lieux.

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Manoir de Mesquéau, Plougasnou

Illustration tirée de l’ouvrage « Plougasnou, son histoire, son patrimoine » par Louis Le Guennec, ed « Section du Patrimoine du foyer rural de Plougasnou » 1994.

Entre champs et fermes, le manoir du Mesgouez impressionne de par son entrée monumentale. Il possède toujours sa chapelle privative attenante, ainsi qu’un très beau pigeonnier, signe de la richesse de ses constructeurs.

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Chapelle, manoir de Mesgouez, Plougasnou
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Pigeonnier, manoir de Mesgouez, Plougasnou

Longeant la véloroute, le manoir du Cosquer possède toujours son ancien moulin. Datant du Xvieme siècle, ce manoir est mentionné dans les archives aux côtés du nom de Nicolas Coatenlem, célèbre armateur morlaisien, à qui l’on doit la Marie cordelière, bateau commandé par Anne de Bretagne.

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Manoir du Cosquer, Plougasnou

Illustration tirée de l’ouvrage « Châteaux et manoirs et Baie de Morlaix » Tome 1, de Daniel Appriou et Erwan Bozellec, aux editions du Bois d’Amour. Ed 2016.

Entre Mesquéau et la route de Lanmeur, longé par une belle allée boisée, le château de Kerprigent attire facilement les regards. Cet édifice a été reconstruit à l’issue des Guerres de la Ligues. En effet, à l’occasion de ce conflit, les hommes de La Fontenelle, lieutenant du duc de Mercoeur de sinistre mémoire, alors qu’ils étaient stationnés à Plougasnou, ont, entre autres exactions, brûlé le château d’origine.

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Château de Kerprigent, Saint-Jean-du-Doigt

Château de Kerprigent, Saint-Jean-du-Doigt

Enfin, Plouezoc’h recèle également quelques manoirs sur son territoire, comme celui du Roc’hou. L’actuelle demeure, composée de trois corps de bâtiments placés en équerre, appartient à la famille Huon de Kermadec depuis 1820. De cette famille, nous pouvons retenir plus particulièrement l’un d’entre eux, nommé Jean-Michel Huon de Kermadec, officier de marin, né à Brest au milieu du 18ème siècle et qui mourut en Nouvelle-Calédonie en 1793 au cours de son voyage d’exploration pour rechercher Lapérouse, qui avait disparu lors de son expédition autour du monde. La personnalité de cet homme, que l’on peut qualifier d’héroïque, va faire que l’on va, à la suite de sa mort, utiliser son nom pour baptiser un archipel de l’Océanie.

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Manoir du Roc’hou, Plouezoc’h

Illustration du dessinateur Tramber (aujourd’hui propriétaire du manoir). Couverture de l’ouvrage « Châteaux et manoirs en Baie de Morlaix » Tome 2 de Daniel Appriou et Erwan Bozellec.

Repérer ces manoirs sur notre carte en ligne

D’autres photos et commentaires vous y attendent.

Tous ces édifices sont aujourd’hui privés. Vous pourrez les admirer depuis la route à l’occasion de vos promenades dans la campagne de Plougasnou. Cependant, certains de ces manoirs ouvrent leurs portes au public en été, généralement sur rendez-vous et lors des journées du patrimoine (informations disponibles à l’Office de Tourisme de Plougasnou).

Visites des manoirs en été :
À Plougasnou :
- Manoir de Goasven : 06 22 08 29 35
- Manoir de Tromelin : 06 47 95 10 07
- Manoir de Kernizan : 06 07 75 81 94