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Quatre grandes oreilles sur les sentiers bretons

Vous pourrez peut-être les croiser sur les sentiers des Monts d’Arrée. Vous reconnaîtrez ce couple de randonneurs aux quatre grandes oreilles de leurs compagnes de route, car c’est avec deux ânesses qu’ils parcourent les GR de Bretagne depuis quatre ans. Cathy et Christian embarquent chaque été Mathilde et sa fille Virgule, ainsi que leur chienne, Biscotte, dernière arrivée dans l’équipe, pour cette aventure au long court. Ils quittent leur Trégor Finistérien tous les cinq, et c’est chaque fois avec autant de plaisir qu’ils reprennent la route, pour une dizaine de jours de randonnée en autonomie.

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Randonnée avec des ânes dans les Monts d’Arrée

De l’ânesse-surprise à la randonnée en autonomie

Une entreprise dans laquelle ce couple originaire de la Baie de Morlaix s’est lancé un peu par hasard. « Nous avons toujours aimé la randonnée. Auparavant, nous la pratiquions déjà, mais à cheval, en particulier dans les Monts d’Arrée, déjà, car c’est un terrain de jeu formidable pour cette activité. » C’est avec l’arrivée à la maison des ânesses que ce nouveau projet a germé. « Christian a acheté Mathilde avec l’idée de l’atteler » explique Cathy, « mais nous nous sommes aperçus qu’en fait, elle était pleine. C’est comme ça que Virgule est arrivée, ce qui n’était pas prévu au programme. » S’est alors posée la question de ce qu’ils allaient faire avec cette ânesse-surprise.

« Bien sûr, elle pouvait se contenter de rester brouter à la maison, mais tant qu’à avoir des ânes, on aimait autant faire quelque chose avec eux, partager des activités ensemble. » Car c’est avant tout le relationnel et la complicité avec leurs bêtes qui motivent Cathy et Christian.

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Randonnée avec des ânes dans les Monts d’Arrée

« C’est ce qui donne tout le sel à la rando. Nous ne sommes pas là pour aligner les kilomètres, notre programme n’est pas figé. Par contre, c’est parce que nous connaissons bien nos ânesses, et que nous avons tissé des liens avec elles que nous pouvons nous aventurer dans des endroits où nous n’irions pas avec des ânes de location par exemple. Elles ont chacune leur personnalité, leurs points forts et leurs points faibles. Il y a des endroits où c’est Mathilde qui ira devant, et d’autres où Virgule sera plus à l’aise. Mais la spécialité de Virgule, c’est quand même de donner son avis. Elle sait ce qu’elle veut ! » explique Cathy avec un sourire affectueux.

« Et puis, ajoute Christian, les ânes, ça a un moral extraordinaire. Même dans les moments difficiles, elles nous font confiance et c’est cette communion avec elles qui nous permet de partir ainsi en autonomie. »

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Randonnée avec des ânes dans les Monts d’Arrée

Un apprentissage sur le tas

Une fois Virgule assez grande, a commencé un apprentissage pour les humains comme pour les ânesses. « On a appris sur le tas. On s’est documenté, via des livres, internet et des magazines, on a fabriqué un premier bât à partir de plans, et on l’a testé progressivement, en commençant sur de petites distances, autour de Saint-Jean du Doigt. » explique Cathy.

« On améliore l’équipement petit à petit, on s’adapte au fil des années, ajoute Christian. Au début, nous n’osions pas trop charger Mathilde et Virgule, mais nous nous sommes rendus compte qu’elles portent sans problème 40 kg sur toute la rando. Ça ne les empêche ni de galoper, ni de sauter les talus. » C’est ainsi que des sacs étanches sont venus enrichir l’équipement pour transporter les sacs de couchage, ou qu’ils ont finalement opté pour un paddock portatif pour laisser les ânesses brouter pendant la nuit, au lieu de la ligne d’attache des premières randonnées. D’autres petites astuces leur facilitent le quotidien. « Le mieux, c’est le riz et les pâtes dans des bouteilles d’eau ! »

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Randonnée avec des ânes dans les Monts d’Arrée

« Notre première rando, nous l’avons faite en novembre, en partant de la maison, pour avoir la sécurité de pouvoir rentrer facilement ou de nous faire rapatrier en cas de problème. Nous sommes partis sur la Voie verte entre Morlaix et Carhaix pour commencer, parce que c’était un environnement bien sécurisé. Mais nous avons vite bifurqué sur les autres sentiers de randonnée, vu que tout se passait bien. »

Le problème rencontré cette année là se trouvait du côté de la météo. « Nous étions trempés comme des soupes, se rappellent-ils. On a bien failli ne pas recommencer tellement c’était pénible sur la fin. Mais la saison s’y prêtait peu. »

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Randonnée avec des ânes dans les Monts d’Arrée

L’aventure de la rando au long court

« Les ânes, c’est notre meilleur passeport. » Un laisser-passer qui génère sympathie et solidarité. « Quand il pleut ou qu’on cherche un bivouac, les gens nous viennent spontanément en aide. Il n’y a qu’une seule fois en plusieurs années où on a été mal reçus. » Car le but de cette aventure, c’est de ne pas se fixer d’étapes précises, ce qui laisse toute latitude à des rencontres et à des découvertes imprévues.

« Un soir, nous sommes allés demander un renseignement à une dame, dans les Monts d’Arrée, pour savoir où bivouaquer, et elle nous a hébergé dans le pré de ses moutons après nous avoir invités à boire un verre. » se remémorent-ils, entre autres multiples anecdotes.

« On ne souhaite pas se donner de contraintes. On sait à peu près quel tronçon on aimerait faire sur les 10 à 12 jours de rando prévus, mais on peut très bien faire des grosses étapes si on le sent bien, et des beaucoup plus courtes un autre jour, avec une moyenne de 16 km par jour. On ne prévoit donc pas de point précis pour les étapes, c’est selon l’inspiration du moment. Et puis, ce qui est déterminant, c’est quand on trouve un coin sympa pour s’arrêter. Au début on avait tendance à chercher toujours mieux, au risque de rallonger les étapes pour rien. » explique Cathy. « On a quand même des points de chute, et on prévoit une nuit en gîte ou en camping tous les deux ou trois jours. »

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Randonnée avec des ânes dans les Monts d’Arrée

Ce sont bien sûr les ânes et leurs bâts qui permettent de partir en autonomie, mais ce type de randonnée n’est pas exempt de contraintes pour autant.

« La plus grosse difficulté, ça reste le ravitaillement. On a un peu de nourriture avec nous, mais on se ravitaille en cours de route autant que possible. Cependant, c’est parfois difficile de trouver une épicerie. On se rend vraiment compte qu’il y en a de moins en moins dans les campagnes du centre de la Bretagne et que ce n’est pas toujours évident de trouver des produits de première nécessité quand on se déplace à pied. » expliquent nos voyageurs.

« Il nous est arrivé de nous retrouver à cours de gaz pour le réchaud, et trouver une petite bouteille de remplacement n’a pas été une mince affaire. »

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Randonnée avec des ânes dans les Monts d’Arrée

Et encore de multiples projets...

Depuis 4 ans, ce sont donc des centaines de kilomètres que Cathy, Christian, Mathilde et Virgule (et Biscotte), ont parcouru sur les GR de Bretagne. « Nous avons commencé autour du Pays de Morlaix, en partant de Plouigneau, Plougonven, pour aller sur Lannéanou, Botsorhel... puis avons poussé jusqu’à Huelgoat et Carhaix. L’été dernier, nous sommes allés plus loin, faire le tour du lac de Guerlédan. Nous avons d’ailleurs fait l’erreur de rester sur le GR et avons failli le payer cher. Mathilde a glissé, et est tombé dans le lac où elle a bien failli se noyer avec Cathy, qui avait sauté à sa rescousse. » raconte Christian.

« Heureusement, plus de peur que de mal, l’ânesse a juste eu une petite égratignure et nous avons terminé le tour du lac en empruntant les sentiers cavaliers, plus faciles. » Une mésaventure qui n’a pas entamé leur moral et leur envie de parcourir les chemins. « On envisage de faire le nouveau GR entre Vannes et Lanvaux. Mais notre grand rêve, ce serait de faire le mythique chemin de Stevenson, dans le Massif Central. C’est un peu la Mecque de la randonnée avec des ânes. »

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Randonnée avec des ânes dans les Monts d’Arrée